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5 idées reçues sur l’histoire de l’art

"Les natures mortes, c’est trop chiant", "le contemporain, je cherche même pas à comprendre"… Thèse, antithèse et synthèse pour casser ces idées reçues.


"Le contemporain, je cherche même pas à comprendre"

Vous connaissez forcément quelqu'un qui, en voyant de l’art contemporain, lève les yeux au ciel ! L’art contemporain, ce n’est pas simplement des objets en deux dimensions. C'est aussi se plonger physiquement, à l’instar du Monde réenchanté de Laure Prouvost à la Biennale de Venise 2019, des objets manufacturés devenus œuvres d’art comme la Fontaine de Marcel Duchamp, qui a placé un urinoir dans les musées…

"Alors que l’art classique et moderne nous offrent des surfaces à observer, l’art contemporain ouvre un champ de possibilités beaucoup plus vaste, dans lequel nous entrons"



"Les natures mortes, c’est trop chiant"

Des compositions florales, des corbeilles de fruits, des tables garnies… Ces éléments inanimés peuvent sembler un peu trop reproduits. Mais, en plus de la prouesse technique de ces reproductions d’un réalisme impressionnant, les natures mortes portent aussi toute une symbolique : au XVIe siècle, la destruction d’images religieuses car relevant de l’adoration idolâtrique selon les chefs protestants, les natures mortes se sont investies d’un sens véritable sens avec le pavot qui symbolise ainsi le sommeil éternel, une rose coupée la jeunesse foudroyée, le homard l’immortalité, le gibier le statut social du commanditaire ou une mise en garde contre les péchés de la chair… Avec un peu d’histoire, ces toiles prennent une nouvelle couche de significations.



"Je peux faire la même chose"

On a tous déjà entendu un visiteur, face à un tableau, affirmer qu’il aurait pu le faire lui-même (il faudrait déjà qu'il en ait eu l’idée) ou, pire encore, que son enfant aurait pu faire la même chose. À moins que cette personne ait un ego surdimensionné ou une totale confiance en ses compétences artistiques, il s’agissait sans doute d’une œuvre non réaliste, non figurative.

Prenons l’exemple du Portrait de Marie-Thérèse de Picasso, teint vert, yeux visibles de profil et des murs qui semblent s'effondrer, la toile c'est un fait ne représente pas les traits du modèle. Cela ne signifie pas que son auteur ne saurait briller dans un style classique (ce qu’il a fait avant d’en arriver au cubisme).







"Pablo Picasso nous conseille de ne pas nous limiter à la seule copie de la nature et de rompre le lien de dépendance que tout·e artiste ou amateur·rice. […] Inventer, créer, oser être différent·e, voilà ce que Picasso nous invite à faire".








"L’art, c’est élitiste"

Si l’on pense au aux 78 millions d’euros du Rabbit de Jeff Koons, l’art semble évidemment inaccessible. Cette vision réductrice n’englobe pas de nombreuses autres formes d’art depuis les débuts de l’humanité. Comme l’art urbain, accessible à tout le monde, à l’instar de l’architecture, d’installations publiques et de graffitis. On peut par exemple penser au Cyclop monumental de Jean Tinguely à Milly-la-Forêt, au Jardin des tarots de Niki de Saint Phalle en Toscane, mais aussi aux portes de métro Abbesses et Porte Dauphine, "avec leur fer forgé et leur marquise en verre".



"Les artistes n’en font qu’à leur tête"

Les artistes sont seul·e·s à créer leur œuvre, mais leur liberté ra des limites. Recherches et financements viennent contrebalancer le cliché du génie qui s’exprime sur la toile – ou ailleurs – au moment de faire des choix artistiques. Les prix sont fixés aux regards de ceux du marché, et, dans le cas d’une commande, l’artiste n’est pas seul maître du sujet de son œuvre.


Sur la facture d’El Expolio (Le Partage de la tunique du Christ) du Greco. Afin de faire baisser le prix de l'oeuvre, les représentants de la cathédrale de Tolède ont pointé trois erreurs dans le traitement du sujet comme le fait que certaines figures dépassaient le Christ d’une tête, fait inacceptable à l'époque, Marie alors représentée alors qu’elle n’est pas mentionnée dans l’Évangile de Matthieu, et les soldats romains vêtus comme des soldats espagnols. Des expert·e·s devront trancher pour fixer le prix du tableau à 318 ducats, contre les 900 demandés par l’artiste… Preuve que, non, les auteur·rice·s des œuvres n’ont pas les pleins pouvoirs.


Kirsten Keagli juillet 2022

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